Appui au développement rural et à la culture du coton dans le Sud du Tchad

Notre intervention s’est déroulée de 1992 à 1994 pour le compte de la Compagnie pour le Développement des Fibres Textiles (CFDT). La CFDT assurait la gestion de la COTONTCHAD, la société cotonnière. Elle apportait aussi une assistance technique à l’ONDR sur un financement de l'Agence Française de Coopération. C’est dans ce cadre que nous avons assuré la Direction de la Production de la Zone Soudanienne de l’ONDR. La Zone Soudanienne s’étendait de la frontière du Cameroun à l’Ouest (Léré) à la frontière du Soudan à l’Est (Kyabé). Notre intervention couvrait deux axes distincts :

  • La collaboration avec la COTONTCHAD pour l’organisation de la culture de coton,
  • L’encadrement des paysans pour l’augmentation de la productivité des cultures vivrières et l’amélioration de leurs revenus.

La culture du coton

CotonTchad et ONDR collaboraient étroitement pour définir le plan d’actions annuel de la campagne cotonnière avec l’appui de l’IRCT et de la station de recherche de Bebedja.

C’est l’ONDR qui mettait en œuvre les actions relevant de l’appui aux producteurs de coton. En particulier, la Direction technique de l’ONDR concevait les modules et manuels de formation des producteurs, organisait la formation en cascade des agents de terrain et des producteurs. Les agents de terrain recensaient les intentions de culture et les demandes d’intrants, suivaient la mise en place des intrants par la CotonTchad, entretenaient les appareils de traitement et les bascules, suivaient les opérations culturales et fournissaient une estimation de récolte.

Les équipes de la Direction de la production de l’ONDR ont appuyé le transfert de la commercialisation primaire du coton graine en formant les responsables des Associations Villaeoises à l’organisation des Marchés Autogérés, à la tenue des documents de commercialisation et à la gestion des ristournes octroyés par la CotonTchad. Les agents de l’ONDR assuraient la liaison entre les Associations Villageoises et la CotonTchad pour le bon déroulement des évacuations de coton graine vers les usines.

L’ONDR a participé activement à la diffusion des innovations techniques. Elle a ainsi été la cheville ouvrière des révolutions introduites dans la protection phytosanitaire : passage aux traitements «TBV» puis «BV 10 lites».

Les cultures vivrières

Les managers et techniciens de la Direction de Production de la zone Soudanienne de l’ONDR appuyaient aussi les cultures vivrières avec comme fil conducteur l’amélioration des revenus des producteurs. Parmi les actions menées on peut citer :

  • La formation des paysans aux bonnes pratiques agricoles avec l’organisation de formations mensuelles en cascade et la réalisation de parcelles de démonstration en milieu paysan,
  • La diffusion de semences de variétés améliorées et d’intrants notamment pour les cultures d’arachide, de niébé, de maïs, de sorgho, de sésame et de riz. En 1993 ce sont 150 tonnes de semences qui ont été livrées aux paysans,
  • La vulgarisation de la production et de l'épandage de fumier pour maintenir la fertilité des sols. En 1993, 1800 parcs d’hivernage et une centaine d'étables fumières avaient été mis en place. Des parcelles de démonstration ont permis de convaincre les paysans de l’intérêt de l’apport de fumier mais les difficultés pour transporter et manipuler la litière et le  fumier ont été des freins puissants à la diffusion de ces techniques.
  • La mise en place de banques de céréales pour éviter la commercialisation à vil prix lors de la récolte et le rachat au prix forts des volumes nécessaires pour boucler la période de soudure. En 1993, cette action a concerné 200 Associations Villageoises. L’ONDR et les AV ont mobilisé un fond de roulement de 46 millions de CFA avec lequel des stocks de 930 tonnes de céréales ont été constitués.
  • La réalisation d’essais de prévulgarisation en milieu paysan.

La diffusion de la culture attelée.

Cette activité passait par la vente à crédit de matériel comme des charrues, des multiculteurs, des semoirs et des charrettes et la vente de pièces détachées. En 1993, ce sont 5 700 outils, 1 330 charettes et 230 décortiqueuses à arachides qui ont été livrées à des paysans. Le taux de recouvrement des crédits atteignait 84 %.

En outre, l’ONDR réalisait des essais de matériels nouveaux comme le polyculteur lourd ou le coutrier pour préparer la ligne de semis sans labour.

Enfin, un projet d’appui aux forgerons encourageait la fabrication de pièces détachées par les forgerons dans les villages. Ils bénéficiaient d’une formation dans trois centres installés près de Doba, Léré et Pala et d’un crédit pour l’équipement de base (enclume, forge, ….) garanti par l’association de leur village. Après leur installation, les forgerons bénéficiaient d’un suivi et d’un appui pour leur gestion et leur approvisionnement en ferraille.

L’appui aux organisations paysannes.

Les premières organisations ont été les groupements de gestion des intrants. Ils sont nés du transfert, en 1986, de la gestion des stocks d’engrais, semences et pesticides pour la culture du coton, de leur distribution aux paysans et du recouvrement des crédits aux villages alors que ces taches étaient jusque-là assurées par les agents de l’ONDR. Ils ont par la suite pris en charge la distribution du matériel agricole et le recouvrement des crédits à trois ans qui y étaient liés. En 1993, ils y avaient 12 900 groupements de producteurs sur toute l’étendue de la zone soudanienne.

A partir de 1998, des Associations Villageoise (AV) se sont superposées aux groupements de producteurs. Elles regroupent alors tous les habitants et les associations (groupements de producteurs, associations de parents d’élèves, groupements de défense sanitaire, ..) d’un village et jouent le rôle de collectivité locale informelle. La principale activité de ces AV était la commercialisation primaire du coton graine dont elles tiraient la majeure partie de leur ressources. En 1993, il y avait 3 797 AV couvrant 82 % des villages recensés. En 1993, l’ONDR a transféré aux AV l’entretien des appareils de traitements des cotonniers.

Enfin, à partir de 1992, l’ONDR a suscité la mise en place d’une représentation régionale des paysans avec un échelon au niveau du canton, du secteur (découpage ONDR) et d'un bureau régional de 13 membres. Ce bureau se réunissait tous les deux mois à Moundou. Il validait le plan de campagne de l’ONDR. et représentait les paysans vis-à-vis de la CotonTchad, notamment en envoyant des coordinateurs paysans sur les ponts bascule des usines. Ce bureau diffusait, avec l’aide de l’ONDR, un bulletin de liaison inter-paysans tiré à 15 000 exemplaire et vendu 50 CFA

L’ONDR appuyait les groupements de producteurs et les Associations Villageoises par la formation de leurs responsables à la gestion. L’ONDR a aussi organisé des sessions d’alphabétisation fonctionnelle des adultes en langue vernaculaire et en français. Enfin, l’ONDR aidait les Associations Villageoise à construire des magasins de stockage des intrants. 230 magasins ont ainsi été construits en 1993.

L’appui aux collectivités villageoises.

La cellule R&D de la Direction de la Production collaborait avec des villages pour la mise en place de plans de gestion des terroirs avec la diffusion des parcs arborés à Acacia albida, de cultures intercalaires de légumineuses, de la plantation de haies vives, et de méthodes de lutte contre l’érosion des sols (comme le travail du sol perpendiculairement au sens de la pente, la construction de diguettes ou la mise en place de bandes enherbées). L’appui à la culture du niébé, légumineuse qui permet d’enrichir les sols en azote, rentre dans ce cadre avec la diffusion de semences, la mise en place de banques de semences de niébé et la vente de produits de traitements phytosanitaires.

La cellule R&D de l’ONDR appuyait aussi la mise en place de pépinières villageoises, de moulins à céréales ainsi que la construction de puits avec l’appui de partenaires comme la GTZ, le BELACD et l’ONFPV.